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Croyances

LE LIBRE-ARBITRE

Selon le monde biblique.

Lorsque le monde islamique interpelle le monde biblique sur leur croyance du libre-arbitre, à lui de répondre : " Ainsi est notre croyance". C'est en fonction de ce seul critère que le monde biblique, évangélique, a inscrit dans sa croyance une théorie de l'égalité des chances métaphysiques et du libre-arbitre qui refuse la prédestination.

 

P

oint de divinité[1] excepté Allah[2] le Très Haut. Que les meilleures salutations[3] soient sur les prophètes et messagers divins dont le Sceau de la Prophétie[4]

Prédestination, fatalisme ou libre-arbitre ?

    La crise du monde évangélique de France et d’Europe.

    Nous savons tous qu’après la Torah fut révélé aux Fils d’Israël et aux Judaïsés, l’Evangile. Cet Évangile, le monde toranique, sauf un petit nombre, le rejettera et le prendra en aversion. Selon le monde toranique, c’est le monde d’Esaü[5] (représenté par l’Italie) qui en deviendra l’héritier et le propagateur. On connaît par avance, et suivant la Bible et les commentaires toraniques ; l’inimitié voire la haine qui naîtra (a existé) tout au long de l’Histoire biblique entre ces deux mondes…

     La liberté, une notion à définir ? Dissociation du divin et de l’humain. Le monde biblique et ses contradictions.

    L’homme athée, sans-religion, mécréant, voit cette « liberté » en dehors de toute contrainte religieuse, de l’admission de l’existence même d’une divinité Créatrice, Puissante, Voulante. Pour lui tout est explicable dans ce bas-monde, et après la mort tout est fini… D’où l’importance de profiter au maximum de sa jeunesse, de la vie.  

   Pour le monde biblique, le mot « liberté » doit se comprendre en dehors de toute idée de Prédestination. Comme les dualistes[6], le monde biblique (toranique + évangélique) a opté pour la notion du libre-arbitre. Qui devra déboucher sur un pouvoir partagé, une sorte de divinisation de l’être humain. L’humain, suivant cette façon de penser, ne devient-il pas « comme » le divin Créateur ? Son Égal ? Ne l’oublions pas, le Judaïsme comme le Christianisme et leurs sectes respectives, ne sont-elles pas, pour la plupart des observateurs ; deux religions où l’Anthropomorphisme, le Corporalisme[7], le Panthéisme règnent en roi ? Où le divin Créateur est présenté plus « comme » Sa créature que comme une divinité, au sens propre du mot ! Aussi, et pour un homme de l’Évangile, le Messie fils de Marie n’est-il pas représenté comme un dieu-homme ? ou un Homme-Dieu ? Egal, cocréateur, consubstanciel au Dieu-Père ? Ce qui donne pour résultat que l’homme de l’Évangile ne pourra à jamais accéder à une connaissance pleine et entière de son divin Créateur. Pour quelle raison ? Tout simplement parce le Messie fils de Marie voile Celui-ci. La matière opaque[8] ne pouvant faire passer la lumière de la connaissance ! Ne baigne-t-on pas dans le Sabéisme ? On adore bien le divin Créateur, chez le monde évangélique, mais vous dira-t-on, mais en Ichoua[9], le Messie (sur lui la Paix !) ! ?

   Sur le libre-arbitre si cher aux gens de l’Evangile, à Emmanuel Todd d'écrire sur ce sujet dans son ouvrage « L’invention de l’Europe. On y découvre que deux conceptions s’affrontent entre gens de sectes différentes. Mais dirons-nous, à travers cela, n’est-ce pas la toute-puissance divine que le monde biblique remettra en cause ? Sa science ? Sa connaissance du présent, du passé et de l’avenir ?

 Présence du mal, péché originel, chute d’Adam, damnation, élection.

     A Marcel Gauchet d’écrire :

   "La composante métaphysique du protestantisme ; servitude et inégalité des hommes : Au cœur métaphysique[10] de la Réforme, on trouve une conscience aggravée de la présence du mal dans l'âme des hommes, une perception affinée du rôle de Satan dans leurs vies et un intérêt renouvelé pour le concept de damnation éternelle. En cette Europe du XVI° siècle, le thème du péché originel, de la chute d'Adam entraînant celle de l'humanité, redevient un problème d'actualité. La chute n'est pas perçue comme de l'histoire ancienne, mais comme un événement capital, un élément de la vie quotidienne. Ayant constaté la damnation de l'homme, Luther fixe les conditions de son salut, c'est-à-dire du rachat de sa faute et de son accès à la vie étemelle. Deux propositions sont fondamentales. La première est que l'homme ne peut assurer son salut par lui-même, sans l'aide (la volonté, la grâce) de Dieu. La seconde est que tous les hommes ne seront pas sauvés.

   Le thème de l'impuissance de l'homme, présent dans bien des textes, est central au traité Du serf arbitre (De servo arbitrio, 1525), réponse à la défense du libre arbitre présentée par Érasme[11]. Le problème n'est évidemment pas celui de la toute-puissance de Dieu, sur laquelle tous les chrétiens sont en théorie d'accord, mais celui des implications de cette toute-puissance divine pour la liberté humaine. L'homme est-il capable d'assurer lui-même son salut, en choisissant librement le bien et en rejetant le mal durant sa vie terrestre ? La question est présente, lancinante dans toute la problématique chrétienne depuis les origines. La réponse de Luther est claire, et négative :

   « Mais si nous accordons à Dieu la prescience et la toute-puissance, il s 'ensuit naturellement et inéluctablement que nous n 'avons pas été créés par nous-mêmes et que nous ne vivons ni n'agissons par nous-mêmes, mais uniquement par l'effet de sa toute-puissance. Si donc Dieu a su de toute éternité ce que nous devions être, et s'il nous fait, nous meut et nous gouverne, comment s’imaginer qu’il existe en nous une liberté quelconque, ou que quelque chose puisse se produire autrement qu’il ne l'a prévu ? La prescience et l'omnipotence de Dieu sont diamétralement opposées à notre libre arbitre[12]. »

   Ce Dieu tout-puissant connaît, choisit ses élus. Dans la forme systématisée, radicalisée, de la pensée protestante présentée par Calvin, Dieu choisit de sauver certains hommes et de damner les autres. C'est la double prédestination. Mais cette dualité, cette inégalité des hommes devant le salut est une nécessité logique. Si certains seulement sont sauvés, les autres sont damnés. Il existe donc deux sortes d'hommes, conception qui émerge avec une extrême clarté dans certaines œuvres de Luther, parfois dans des phrases qui semblent directement tirées de saint Augustin :

   « ...  il nous faut ici séparer  les  enfants  d'Adam,  les  hommes, en deux parties : les uns qui sont du royaume de Dieu, les autres qui sont du royaume du monde. Ceux qui font partie du royaume de Dieu, ce sont tous ceux qui, en tant que vrais croyants, sont en Christ et soumis au Christ[13]. »

   C'est la thématique augustinienne des deux cités, qui concerne effectivement le problème de l'élection de certains et du rejet des autres. Du plan théorique, le regard différenciateur de Luther peut se porter concrètement sur le monde environnant :

   « Mais regarde autour de toi, et commence par faire que le monde soit plein de vrais chrétiens, avant de prétendre les gouverner chrétiennement et selon l'Évangile. Mais tu n'y parviendras jamais, car le monde et la masse sont et restent non chrétiens,  bien  que  tous  soient  baptisés  et portent  le  nom  de chrétiens[14]. »

   Un épisode biblique met particulièrement en évidence l'action de la Providence divine[15] qui choisit, c'est-à-dire élit et rejette simultanément : l'histoire de Jacob et d'Ésaù dans laquelle la bénédiction paternelle et le droit de primogéniture sont transférés, sans appel ni procès, de l'aîné au cadet. Seuls les descendants de Jacob, le cadet, constitueront le peuple d'Israël, élu par l'Étemel. Présent dans La Cité de Dieu, l'épisode est abondamment utilisé dans le Serf arbitre[16].

   « En quoi le libre arbitre a-t-il aidé Jacob ? En quoi a-t-il nui à Èsaù ? Puisque en vertu de la prescience et de la prédestination divines (praescientia et destinatione), il était établi, avant même qu’ils fussent nés et qu’ils eussent fait quelque chose, quel devait être le sort de chacun, à savoir que l'un devait servir et l'autre dominer[17]. »

   Calvin, dans le chapitre qu'il consacre à la prédestination dans l’Institution de la religion chrétienne, radicalise l'expression mais n'ajoute pas grand-chose au sens. Comment le pourrait-il ? Toute problématique de la grâce, de l'élection, de la prédestination est dans saint Augustin[18]. Calvin se contente de symétriser les concepts :
   « Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu'il voulait faire d'un chascun homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation. Ainsi selon la fin à laquelle est créé l'homme, nous disons qu’il est prédestiné à mort ou à vie[19] »
   Mais Calvin n'est ici qu'un exégète fidèle de Luther : l'histoire de Jacob et d'Ésaü constitue aussi le noyau de sa démonstration[20]. Plus tardive, née au milieu des affrontements, la théologie calviniste est clarifiée par la critique catholique qui met en évidence les implications inégalitaires du concept d'élection. Calvin, en position défensive, est contraint dans l'Institution de la religion chrétienne d'utiliser, pour le rejeter, le concept même d'inégalité.

   « C'est donc faulsement et meschamment qu'aucuns accusent Dieu d'inéqualité de justice, pource qu'en sa Prédestination il ne fait pas tout un a tous hommes[21]. »

   La réalité est niée, mais le mot est prononcé : inéqualité.
   La composante métaphysique de la Réforme implique donc la servitude et l'inégalité des hommes devant Dieu. Elle est un véritable négatif conceptuel de sa composante terrestre, qui exige la liberté et l'égalité des chrétiens face à l'ordre clérical.
   Sur le plan terrestre, les notions d'égalité et de liberté sont logiquement associées ; le rejet de l'autorité des prêtres n'a de sens que parce que les chrétiens sont égaux : ils sont tous prêtres. Sur le plan métaphysique, les notions d'inégalité et d'autorité constituent aussi une totalité logique : dans le mécanisme de la prédestination, tel qu'il apparaît en particulier dans l'histoire de Jacob et d'Ésaü, le choix inégalitaire est l'expression privilégiée de l'autorité absolue de l'Étemel. Malgré l'existence de ces structures logiques globales combinant égalité et liberté, inégalité et autorité,  il est possible de  séparer les concepts « métaphysiques » d'autorité et d'inégalité, les concepts « terrestres » de liberté et d'égalité pour observer comment la pensée protestante concilie les notions d'égalité terrestre et d'inégalité céleste, de liberté face à l'Église et de soumission à Dieu.

    Protestantisme et liberté : un autoritarisme désincarné.

    Dès l'ouverture de La Liberté du chrétien, texte précoce puisqu'il date de 1520, Luther révèle que la relation du protestantisme à l'autorité ne va pas être simple. Il avance successivement deux propositions :

   « Un chrétien est libre seigneur de toutes choses et il n 'est soumis à personne. »
   « Un chrétien est un serf corvéable en toutes choses et il est soumis à tout le monde[22]. »

   Le reste du traité est une réflexion sur cette contradiction. La solution est pour Luther dans la dualité de la nature humaine, corporelle et spirituelle, dans la coexistence d'un homme extérieur et d'un homme intérieur[23]. Mais en dépit de certaines apparences rhétoriques, cette dualité n'oppose pas un homme extérieur serf à un homme intérieur libre. L'homme intérieur n'est libre que du monde extérieur. Il est soumis à Dieu par le mécanisme de la foi, cette foi qui seule sauve de la damnation, cette foi qui exige une perception de la toute-puissance de Dieu et de la petitesse de l'homme.

   « Mais pour que tu sortes de toi-même et échappes à toi-même, c'est-à-dire à ta perdition, il te présente son cher fils Jésus-Christ, et il te fait dire par sa parole vivante et consolante que tu dois t'abandonner à lui avec une foi robuste et lui faire hardiment confiance ; alors, à cause de cette foi, tous tes péchés seront pardonnes, et tu seras droit, véridique, apaisé, juste et tu auras accompli tous les commandements, tu te seras libéré en  toutes choses[24]. »  

   Cette liberté est vécue comme une soumission à l'autorité divine.
   A ce stade, l'autoritarisme métaphysique protestant se heurte à un problème pratique : le rejet par l'homme intérieur de l'autorité extérieure de l'Eglise de Rome, telle qu'elle s'incarne dans son pape, ses évêques et ses prêtres. Le protestantisme veut une autorité divine puissante mais refuse la délégation du pouvoir divin à une institution humaine. La doctrine de Luther dessine donc une case vide, au-dessus de l'homme, mieux, au plus profond de l'homme, une instance de contrôle formidable dont les moyens d'expression ne sont pas définis. Un protestant dira qu'il perçoit les commandements de Dieu, un philosophe laïque considérera que ce protestant obéit à sa conscience ; un psychanalyste évoquera peut-être un contrôle de l'individu par le surmoi. Mais quelle que soit l'interprétation, le luthéranisme n'est jamais libéral ; il est autoritaire mais refuse l'exercice terrestre de l'autorité religieuse par les hommes. (à suivre).


[1] Le Créateur des cieux et de la terre est donc la seule et véritable divinité qu’on adore et qu’on se doit d’adorer véritablement.
[2] En langue arabe, Allah. En hébreu, ïl. Nom divin, il est employé couramment pour les gens de l’Evangile de langue arabe. En français, le terme Dieu est compris généralement, non comme un Nom divin, mais plutôt comme signifiant l’Etre-Suprême, le Créateur et Maître de l’Univers.
[3] Formules d’eulogies comme : que Dieu prie sur lui, l’agrée, lui fasse miséricorde, etc., formules propres à  l’Islam traditionnel. Les exégètes interprètent la « prière » divine comme étant un octroi de Sa miséricorde et la « prière » angélique comme une demande de pardon pour les créatures.
[4] Soit : Ahmad-Mohammad, fils d’Abd Allah, (...) fils d’Ismaël, fils d’Abraham  (sur eux la Paix !). Pour l’Islam traditionnel, il est le Sceau de la Prophétie, le Sceau des prophètes et messagers divins.
[5] Frère jumeau de Jacob (Ya’qôb).
[6] Où selon l’Islam traditionnel : le Magisme et ses différentes sectes.
[7] Le Créateur ayant comme l’humain un « corps » spirituel ou corporel !
[8] représenté par le corps du Messie. Le monde évangélique a pris le Messie comme une lumière. Éblouï, ce dernier à vu la lumière (le Messie), mais à oublié Sa source (Dieu). D’où son égarement.
[9] ou Jésus.
[10] Métaphysique particulière ou spéciale, science des êtres particuliers (âme, Dieu, monde).
[11] Le De libéra arbitrio d'Érasme date de  1524.
[12] Du serf arbitre, p. 150.
[13] De l'autorité temporelle et dans quelle mesure on lui doit obéissance, p. 79.
[14] De l'autorité temporelle..., p. 87.
[15] Mot propre au vocabulaire biblique. Action constante de la sagesse divine par laquelle Dieu conduit toutes choses. Dieu en tant qu’il gouverne le monde.
[16] La Cité de Dieu, livre XVI, chapitre 36.
[17] Du serf arbitre, p. 156. A noter que les Fils d’Israël et les Judaïsés ne pourront jamais dominer le monde d’Esaü.
[18] Et particulièrement  dans  ses  réponses  Aux  moines  d'Adrumète  et  de Provence, Œuvres complètes, t. 24, p. 311-323, 359-363, 573-585, 715-729 etc.
[19] Institution de la religion chrétienne, t. 3, p. 62.
[20] Institution..., t. 3, p. 66-71.
[21] Institution..., t. 3, p. 83.
[22] La Liberté du chrétien, p. 255.
[23] Luther apparaît ici comme un véritable héritier de la tradition mystique rhénane et en particulier de Maître Eckhart. Sur la distinction entre « homme  intérieur » et « homme extérieur », voir en particulier « L'homme noble » de Maître Eckhart, dans les Traités, p. 144-153.
[24] La Liberté du chrétien, p. 259.


Point de divinité, de dieu que Dieu !
« Vulnerant omnes, ultima necat. »
Nous ne le dirons jamais assez.
Explicit totus liber.

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Ô Terrien ! Le Monde a été créé pour nous, et nous pour l'Au-delà. Tous les Terriens que nous sommes, seraient bien avisés de méditer cette parole. Les jours passent vite, et notre rencontre avec notre divin Créateur, Seigneur, Législateur et Juge de l'Univers ne se précise-t-elle pas chaque jour un peu plus ?

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Cette page a été mise à jour le
21/12/05 .

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