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HISTOIRE SAINTE - TERRE SAINTE - CHÂM.

Au nom de DIEU, Allaha,
Le TOUT-MISÉRICORDIEUX, le TRÈS-MISÉRICORDIEUX !
Que les meilleures salutations soient sur les Messagers et Prophètes divins !


  
Symbole יהודי (Yêhûdi)

   (suite Page 5)

Nemrod et la naissance d'Abraham.

Nemrod. La Naissance d'Abraham (sur lui la Paix !). Version biblique et version coranique. 

 Sens. Nemrod, l'édition de Boulâq précise "Nimrûd, fils de Kan'ân". Châkir note que ni le manuscrit du Commentaire ni celui des Chroniques ne porte cette mention. Dans les Chroniques de Tabari, il est présenté comme un descendant de Cham (tome 1, p. 136). « N'as-tu pas vu » (Coran II 260) On a dit qu'il s'agit de Namrûdh (Nemrod) fils de Kan'ân fils de Kûch fils de Sâm (Sem) fils de Nouh (Noé). Selon Moudjahid et d'autres : Nemroud fils de Péleg, fils d'Eber, fils de Chéla, fils d'Arpaxad, fils de Sem, fils de Noé. 

- 10 Kouch fut le père de Nimrod qui se mit à exercer un grand pouvoir sur la terre. (1 Chroniques 1:10) Le terme père pourrait aussi signifier fondateur ou chef (de même, entre autres, aux v.11,13,18 et 20). (Genèse 2:13) En hébreu: Kouch, terme qui désigne dans le reste de l'Ancien Testament le Soudan ou l'Ethiopie. Le fleuve serait donc le Nil. Certains, cependant, situent le pays de Kouch, dont parle ce passage, en Mésopotamie (La Bible du Semeur).

 D'après Qatâda c'était le premier roi qui régna sur la terre. Il fut roi de Babylone et fit construire la tour de Babel.
 Qatâda explique ainsi la suite du verset :
 Comme Abraham avait dit à Nemrod : "Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et la mort", Nemrod lui répliqua : "C'est moi qui donne la vie et la mort" ; il fit venir deux hommes, tua l'un et laissa l'autre en vie. Puis s'adressant à Abraham, il lui dit : "Je fais mourir qui je veux et je laisse vivre qui je veux".
 Abraham lui dit alors : "Allah fait venir le soleil de l'Orient. Fais-le donc venir de l'Occident". Nemrod demeura confondu. » (V. Commentaires. Tabari).
 Note : P. Godé d'écrire : D'après certaines indications qu'il ne nous est pas possible d'analyser ici, ce nom de "Nemrod" ne s'appliquait pas seulement à un personnage précis, mais plutôt à une fonction comme les anciens titres tels que Pharaon ou César, noms qui, comme on le sait, ont aussi désigné, à un moment de l'histoire, des personnages particuliers revêtant des fonctions correspondantes. A propos de "Nemrod" voir : Gn. 10, 8 à 12 où le personnage portant "ce titre" est antérieur de plusieurs générations au "Nemrod" dont il est ici question. Dans ce passage biblique, il est dit que « "Nemrod" était un vaillant chasseur devant Yahvé », qualification qui pouvait tout d'abord avoir un sens positif et élogieux tant que les détenteurs de cette fonction "pourchassaient ceux qui étaient hostiles à Dieu", mais qui dût prendre par la suite un sens négatif ou ténébreux à partir du moment où ceux qui détenaient cette fonction se révoltèrent, devinrent injustes et "chassaient les êtres qui suivaient la Voie menant à Dieu" comme ce fut le cas de Nemrod à l'égard d'Abraham (Cf. Coran XXI 68-70) à qui il manifestait son hostilité à la Vérité et à sa volonté délibérée de chercher à s'opposer au "plan divin", dès l'instant même de l'arrivée de celui-ci dans ce monde. 

   Éliphas Lévis, dans son "Histoire de la Magie", nous dit que Nemrod "fut couronné de rayons, et son corps était entouré d'un aura qui rayonnait l'or comme le soleil. On se prosternait lorsqu'il passait, et l'insensé qui oserait sans ordre franchir le seuil de son palais, était immédiatement frappé de mort sans massue et sans glaive, mais par une main invisible, tué par la foudre, terrassé par le feu du ciel".  Lévis ajoute que les Chaldéens étaient des initiés de la lumière de l'énergie psychique et pouvaient envoyé à leur gré le trouble ou la paix dans les âmes.  Il leur était donc possible de provoquer des maladies par la science occulte qu'ils possédèrent.  Ce qui est doublement intéressant, est que Nemrod (Gen.10:8-12) fut considéré dans l'antiquité, comme l'incarnation de Satan, nous dit Hislop ; il fut déifié comme le dieu Soleil et déclaré le père des dieux mythologiques, d'où une des significations du mot "Babel" qui veut dire "la porte des dieux".

 Bref récit sur Abraham (sur lui la Paix !) : sa naissance, sa croyance au vrai Monothéisme.

Version toranique : Un Midrache d'enseigner :

"Abraham avait trois ans lorsqu'il sortit de la caverne [où l'avait caché son père pour le soustraire à la colère de Nimrod]. S'interrogeant sur le créateur du ciel, de la terre et de lui-même, il passe toute la journée, à adresser ses prières au soleil. Le soir, le soleil se couche à l'occident et la lune se lève à l'orient. Voyant la lune entourée d'étoiles, il se dit : voilà le créateur du ciel, de la terre et de moi-même ; ces étoiles sont ses ministres et ses serviteurs. Toute la nuit, il adresse donc ses prières à la lune. Au matin, la lune disparaît à l'ouest et le soleil se lève à l'est. Il dit : ces deux [astres] sont dépourvus de puissance. Un souverain est au-dessus d'eux, à Lui j'adresserai mes prières et devant Lui je m'inclinerai !"
 Pour nous, il y a indécence dans ces propos. En effet, tout prophète divin, dès sa naissance jusqu'à sa mort, est placé sous la Protection divine. Son immunité l'empêche de s'adresse à autre divinité qu'à Lui seul. De tomber dans des péchés graves (ou mortels) comme la Mécréance, l'Associationnisme, etc. Abraham (sur lui la Paix !) est donc pur de ce qu'on veut lui associer dans ce Midrache.  

Version toranique, autre exemple.
 - Le Behaye écrit : Le Midrach dit : Quand Abraham naquit, une étoile apparut dans le ciel à l'Est. Elle absorba quatre étoiles situées aux quatre coins du monde. Les sages dirent à Nemrod : « Terah vient d'avoir un fils dont les enfants hériteront de ce monde et du monde à venir. Tu devrais lui offrir beaucoup d'or et d'argent afin qu'il te donne son fils et puis tu le tueras. » Nemrod envoya aussitôt chercher Terah. « Donne-moi ton fils et je t'offrirai plein d'or et d'argent. » Terah lui conta alors une parabole : « On dit à un cheval : "Je te donnerai beaucoup d'avoine à manger, mais laisse-moi te couper la tête." Et l'animal de répondre : "A quoi bon tant d'avoine si tu me coupes la tête ?" Si tu fais mourir mon fils, qui héritera de tout cet or et de cet argent ? » Nemrod répliqua : « D'après tes paroles, je devine que, hier, tu as eu un fils. » Terah répondit : « Il est mort tout de suite après sa naissance. » Nemrod renchérit : « Le fils vivant qui est né hier, je le veux. » Alors Terah s'enfuit et cacha Abraham dans une grotte pendant trois ans. Le Saint, béni soit-Il, lui envoya deux pierres : de l'une, coulait de l'huile et de l'autre du miel et de la farine tamisée. Abraham quitta la caverne à trois ans. Il se mit à réfléchir : Qui a bien pu créer la terre et le ciel ; qui m'a créé ? Pendant toute une journée, il pria le soleil. Le soir, quand le soleil se coucha à l'Ouest et que la lune se leva à l'Est baignée d'étoiles, il pria la lune. Il se dit que la lune était le maître, et les étoiles, ses serviteurs. L'aube venue, la lune et les étoiles disparurent. Il en conclut qu'elles ne pouvaient être des divinités et que le Dieu du ciel était le seul Dieu. (Le commentaire sur la Torah. Gen. 15:7).

Version toranique, autre exemple.
 - Parmi les traditions apocryphes relatives à Abraham , et ayant cours parmi les Orientaux, il faut signaler celles qui le représentent comme ayant élé jeté dans le feu par Nemrod et comme en ayant été miraculeusèment préservé. Voici le récit de ce, miracle tel que le fournit la Bibliothèque orientale de d'Herbelot (13) :
 - « Nemrod, fils de Chanaan, qui est regardé comme le premier roi après le déluge, résidait dans la ville de Babylone, qu'il avait fait bâtir; il vit en songe une étoile qui avançait sur l'horizon et dont la lumière effaçait celle du soleil; ayant consulté ses devins sur l'explication de ce songe, ils lui répondirent d'une voix unanime qu'il devait naître dans Babylone un enfant qui deviendrait en peu de temps un grand prince, et qui devait être pour le roi un grand sujei de crainte, quoiqu'il ne fût pas encore engendré. Nemrod, effrayé de cette réponse, ordonna aussitôt que les hommes fussent séparés de leurs femmes, et il établit un officier de dix en dix maisons pour les empêcher de se voir. Mais Azar, un des plus grands seigneurs de la cour de Nemrod et qui était son gendre, trompa ses gardes et passa une nuit avec sa femme, nommée Adna. Le lendemain, les devins qui observaient tous les mouvements des astres, vinrent trouver Nemrod et lui dirent que l'enfant dont il était menacé, avait été conçu cette même nuit, ce qui obligea ce prince à ordonner que l'on gardât soigneusement toutes les femmes eneeintes et (lue l'on fit mourir tous les enfants mâles qu'elles mettraient au monde. Adna, qui ne donnait aucun signe de grossesse, ne fut point gardée, de sorte qu'étant près d'accoucher, elle eut la commodité d'aller à la campagne pour se délivrer de son fruit. Elle le fit dans une grotte dont elle ferma soigneusement l'entrée, et elle revint à la ville, où elle dit à son mari qu'elle avait mis au monde un enfant qui était mort aussitôt après sa naissance.

« Adna cependant allait souvent à la grotte pour visiter son enfant et l'allaiter, mais elle le trouva toujours suçant le bout de ses doigts, dont l'un lui fournissait du lait et l'autre du miel ; ce miracle la surprit extrêmement d'abord, mais son étonnement se changea bientôt en un excès de joie lorsqu'elle considéra que la Providence prenait le soin de nourrir son enfant, et nu elle ne devait plus en être en peine ; cela n empêcha néanmoins qu'elle ne le vit de temps en temps, et elle s'aperçut bientôt qu'il croissait autant en un jour que les autres enfants en un mois. Quinze lunes furent à peine écoulées que cet enfant parut un jeune garçon de quinze ans, et il n'était pas encore sorti de la grotte qu'Adna dit à Azar que cet enfant dont elle était accouchée et qu'elle lui avait dit être mort, se trouvait plein de vie et qu'il était d'une beauté parfaite.

« Azar se transporta aussitôt à la grotte et après avoir considéré et caressé son fils, il dit à la mère qu'elle le fit venir à la ville, parce qu'il voulait le présenter à Nemrod et le placer à la cour. Adna alla prendre son fils vers le soir et le fit passer par une prairie où paissaient des troupeaux de vaches, de chevaux, de chameaux et de moutons. Abraham qui n'avait rien vu jusqu'alors que son père et que sa mère, demandait le nom de toutes les choses qu'il voyait, et Adna l'instruisait des noms, des qualités et des usages de tous ces animaux. Abraham lui demanda ensuite qui était celui qui avait produit toutes ces espèces différentes; Adna lui répondit : Il n'y a aucune chose en ce monde qui n'ait son créateur et son seigneur, et qui ne soit dans sa dépendance. Abraham lui repartit aussitôt : Qui est donc celui qui m'a misau monde et de qui est-ce que je dépends ? C'est de moi, répliqua sa mère (H). Et qui est ton seigneur ? lui dit Abraham. C'est Azar ton père, repartit-elle. Abraham n'en demeura pas là et demanda qui était le seigneur d'Azar, et ayant entendu dire que c'était Nemrod, il voulut savoir quel était celui de Nemrod; mais sa mère, se trouvant trop pressée, lui dit : Il ne faut pas, mon fils, rechercher les choses si avant, car il y aurait du dangpr pour toi. »

Il y avait déjà en ce temps plusieurs sortes d'idolâtres dans la Chaldée, où régnait Nemrod. Les uns adoraient le soleil, d'autres la lune et les étoiles, d'autres se prosternaient devant des statues dans lesquelles ils révéraient quelques divinités; enfin, il y en avait qui ne reconnaissaient d'autre «lieu que Nemrod lui-même. Abraham marchant pendant la nuit de sa grotte jusqu'à la ville, vil au ciel des étoiles et entre autres celle de Vénus que plusieurs adoraient et il dit en lui-même : Voilà peut-être le Dieu et le Seigneur du monde. Mais après quelque temps de réflexion, il dit en lui-même : Je vois que cette étoile se couche et disparaît; ce n'est donc pas ici le maître de l'univers, car il ne peut pas être sujet à ce changement. Il considéra ensuite la lune en son plein et il dit : Voici peut-être le Créateur de toutes choses, et par conséquent mou Seigneur. Mais l'ayant vue passer sous l'horizon comme les autres astres, il en fit le même jugement que de la planète de Vénus. Enfin, ayant ainsi pa>sé le reste de la nuit en considérations et en réflexions, il se trouva proche de Babylone au lever du soleil ; alors il vit une infinité de gens qui se prosternaient et qui adoraient cet astre, ce qui lui fit dire : Voici assurément un astre merveilleux, et je le prendrai assurément pour le Créateur et le maître de la nature, mais je m'aperçois qu'il décline et qu'il prend la route du couchant aussi bien que les autres; il n'est donc pas mon Créateur, ni mon Seigneur, ni mon Dieu.

Lorsqu'Azar présenta son fils Abraham à Nemrod, ce prince était assis sur un trône fort élevé, autour duquel un grand nombre d'esclaves des mieux faits de l'un et de l'autre sexe étaient placés chacun en son rang. Abraham demanda aussitôt à son père quel était ce personnage si élevé au-dessus des autres ; il lui répondit que c'était le seigneur de tous ceux qu'il voyait autour de lui, et que tous ces gens-là reconnaissaient pour leur dieu. Abraham, considérant Nemrod qui était fort laid de visage, dit à son père : « Comment se peut-il faire que celui que tu appelles le dieu ait fait des créatures plus belles que lui, puisqu'il faut nécessairement que le Créateur ait des perfections beaucoup plus grandes que celles de ses créatures ? » Ce fut la première occasion qu'Abraham prit de désabuser son père de l'idolâtrie et de lui prêcher l'unité de Dieu créateur de toutes choses qui lui avait été révélée. Ce zèle qu'il témoigna d'abord lui attira la colère de son père, et le jeta ensuite dans de grands démêlés avec les principaux de la cour de Nemrod, qui refusaient d'acquiescer aux vérités qu'il leur enseignait. Le bruit de ces disputes étant parvenu jusqu'aux oreilles de Nemrod , ce prince superbe et cruel le fit jeter dans une fournaise ardente d'où il sortit sain et sauf, sans avoir reçu la moindre atteinte du feu. » (Bibliothèque orientale de d'Herbelot. Voir Encyclopédie théologique par l'Abbé Migne.)

  Version coranique.
 - Mohammad fils de Ishaq qui a dit : « D'après ce qui nous a été rapporté (mais Dieu est plus Savant !) Âzar était un homme issu des gens de Kûthiyy (pays de Kouch), une ville de la Basse Mésopotamie (as-Sawâd) (1) de la région de [l'actuelle] Kûfa, et la royauté sur l'Orient appartenait alors à Nemrod. A l'époque où Allah voulut missionner Abraham pour qu'il fût une preuve à l'encontre de son peuple et un envoyé vers Ses serviteurs, il n'y avait pas eu, entre lui et Noé, d'autre prophète que Houd et Çâlih (2).
 Lorsqu'arriva le temps d'Abraham, tel qu'Allah le voulut, les astrologues (3) se rendirent chez Nemrod et lui dirent : "Sache que nous avons découvert, d'après notre science, qu'un garçon naîtra dans ta ville, qu'il aura pour nom Abraham et qu'il abandonnera votre religion et brisera vos idoles" ; et ils lui prédirent l'année et le mois de cet évènement.
 Au mois de ladite année, indiqué par les astrologues, Nemrod fit mettre en prison toutes les femmes enceintes de sa ville, sauf la femme d'Âzar, car, comme elle était très jeune, personne ne se doutait de son état, et il en fut ainsi à cause du dessein d'Allah au sujet de son enfant. Nemrod, craignant pour son règne, voulut que tous les enfants mâles nés cette année-là en ce mois-là fussent égorgés (...).
 Dès que la mère d'Abraham sentit venir le moment de la délivrance, elle sortit de nuit vers une grotte située non loin de la ville (4) et ce fut là qu'elle mit Abraham au monde ; elle lui donna les soins que l'on donne au nouveau-né puis, après avoir obstrué l'entrée de la grotte, elle revint chez elle. Elle retournait régulièrement à la grotte voir ce que faisait l'enfant et le retrouvait vivant, qui suçait son pouce (5) ; d'après ce qui est dit, mais Allah est le Plus Savant, Allah avait mis la subsistance d'Abraham dans ce pouce et dans ce qui lui parvenait ainsi en le suçant.
 Comme Âzar demandait à la mère ce qu'elle avait fait de l'enfant qu'elle portait en son sein, elle répondit :
 - J'ai mis au monde un garçon, mais il est mort ! Il la crut et ne lui demanda rien.
  Or, d'après ce qu'on dit, un jour équivalait pour Abraham à un mois d'enfance, et un mois à un an (6). Il était à peine depuis quinze mois dans la grotte qu'il disait déjà à sa mère : "Laisse-moi sortir que je voie !". Un soir elle le laissa sortir et il regarda et médita sur la création des Cieux et de la Terre et dit : "Celui qui m'a créé, qui m'a pourvu, qui m'a nourri et abreuvé, c'est Lui mon Seigneur, je n'ai pas d'autre Dieu que Lui !". Il la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparut. Lorsqu'elle eut disparu, il dit : "Je n'aime pas ceux qui disparaissent !" Puis la lune se leva ; il la vit monter et dit : "Voilà mon Seigneur !" Il la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparut. Lorsqu'elle eut disparu, il dit : "Si mon Seigneur ne me guide pas, je ferais vraiment partie des gens égarés". Quand le soleil lui apparut et monta au ciel, voyant en lui la plus lumineuse des choses qu'il avait vues jusqu'alors, il s'exclama : "Voilà mon Seigneur ! Celui-ci est plus grand !" mais lorsqu'il eut disparu, il dit [pensant à son peuple] : "O mon peuple ! Je suis totalement dégagé de ce que vous associez ! En vérité, c'est en mode pur que j'ai orienté ma face vers Celui qui a créé, en les séparant, les Cieux et la Terre et je ne fais pas partie des associateurs" ».
 Il revint ensuite vers son père Âzar, l'orientation (widjha) fermement établie dans la Voie droite, connaissant [parfaitement] son Seigneur et dégagé (barî') du "mode d'adoration" (dîn) de son peuple ; toutefois il ne leur avait pas encore fait part de cela. Il fit donc savoir à Âzar qu'il était son fils, ce que sa mère lui confirma en lui apprenant comment elle avait agi avec lui. Il en fut réjoui et éprouva une grande joie. 
 Or Âzar fabriquait les idoles (7) que son peuple adoraient. Une fois fabriquées, il les donnait à Abraham pour qu'il aille les vendre(8). Celui-ci les emportait et d'après ce qu'on rapporte proclamait : "Qui veut acheter ce qui lui nuira et ne lui sera d'aucun profit ?" Aussi personne ne venait-il lui en acheter. Comme elles lui restaient ainsi sur les bras, il s'en fut avec elles au fleuve et leur plongea la tête dans l'eau en disant, pour ridiculiser son peuple et montrer l'égarement dans lequel il s'était fourvoyé : "Buvez donc !" 
 Bientôt la nouvelle des mauvais traitements qu'il infligeait à ces idoles se répandit parmi son peuple et les gens de sa ville sans parvenir encore aux oreilles du roi Nemrod ». (Voir Commentaires. Tabari). 
 
 Notes :
 (1) "sawâd" = (litt.) : noir, pays noir (Voir à ce sujet notre étude sur la Kabbale). En arabe classique, quand une ville était entourée de terres fertiles et de plantations, il était d'usage de l'appeler le "sawâd" de cette ville pour exprimer la richesse de ses terres, "noires" de végétation. Toutefois cette appellation resta particulièrement attachée à cette région de Baçra et Kûfa, correspondant sensiblement à la Basse Mésopotamie ou l'ancienne Chaldée et d'où était originaire Abraham ; il se peut donc qu'il y ait eu là une origine plus ancienne, liée à une raison fort différente, de cette désignation de cette région par ce terme. 
 (2) Prophètes soumis à la censure par les gens de la Synagogue. Les gens de la Bible se gardent bien de les mentionner. Prétexte invoqué : ils ne sont pas mentionnés dans nos Écritures ! Sans doute faudrait-il demander à leurs lointains ou proches ancêtres, le pourquoi de cette censure ? 
 (3) Version toranique :
La nuit de la naissance d’Avram, lors de festivités données au palais par Nemrod, les mages et les astrologues avaient prédis, suite au passage d’un astre dans le ciel, qu’un roi est né et que ses héritiers spirituels régneront sur tous les peuples. Craignant pour son trône, Nemrod décrète immédiatement que l'on tue tous les nouveau-nés mâles, y compris le fils de Térah. Pendant que ces officiers tueront près de 70 000 enfants, il lui est présenté à la place du fils de Térah, le nouveau- né d’une domestique, qui est tué le jour même. Térah qui craint la colère de Nemrod, cache sa femme et son fils Avram, dans une grotte pendant trois années, selon le Pentateuque, et treize années selon le Pirké de raby Elyhézer...
 On notera que le Prophète Abraham version coranique n'a rien de commun avec le Prophète Abraham version biblique. Les gens de la Synagogue, au lieu de mettre l'accent sur le combat que le Prophète Abraham aura à faire contre le roi en place et son peuple ; ils préfèreront mettre plutôt l'accent sur la royauté (comme ici), la domination des peuples, l'hégémonie qui s'en suivra, l'héritage prétendu pour ses successeurs ! En clair, les gens de la Synagogue sont loin de la vérité. Loin du divin Créateur les idées fausses et les légendent qu'ils répandent ! En vérité, combien le Saint et Seigneur d'Israël et des mondes est au-dessus de ce qu'ils décrivent et Lui associent ! 
 (4) Le monde de l'Évangile n'enseigne-t-il pas que Marie enfanta, elle aussi, dans une grotte ! Le (ou les) falsificateur(s) ayant passé(s) par là...
 (5) chose courante chez les enfants. Mais ici, son Seigneur en fera une chose miraculeuse pour Abraham. 
 (6) Nous avons vu ce que les gens de la Synagogue disent dans leur Midrach Rabba. Ce miracle divin n'appartient, à l'époque, qu'à Abraham seulement. Ne pas confondre ! 
 (7) (Gen. 11:28) : Jacob ben Isaac de commenter notamment : (...) Son père Terah vendait des idoles ; Abraham se trouvait un jour avec lui ; quelqu'un vint acheter une idole. Abraham lui demanda : « Quel âge as-tu ? » Il lui répondit : « Cinquante ou soixante ans. » Alors, il lui rétorqua : « Pauvre de toi, tu es âgé de soixante ans et tu voudrait te prosterner devant une créature vieille d'un jour ? » La personne se sentit toute dépitée et s'enfuit de honte (Gen. R. 38. 12-13). (...) (Op. cit.).
 (8) En réalité Âzar fabriquait les supports matériels qui étaient sensés représenter les divinités de son peuple ; ce sont ces supports qui sont à proprement parler des "idoles" (du grec "eidolon" = litt. : image, forme) et l'idolâtrie (du grec "eidolatreia" = litt. culte des images, adoration des formes) consiste à adorer ces images de divinités et vient en quelque sorte se surajouter comme une déviation supplémentaire, à l'"association" (chirk) ; quant à celle-ci elle consiste à associer à Dieu des divinités, que celles-ci aient ou non des représentations figurées. L'association et, a fortiori, l'idolâtrie sont autant de voiles rendant impossible l'"adoration véritable de Dieu" en tant que Dieu "Unique, sans associé" (wahda_hou lâ charîka la_Hou). 
 Ces idoles lui nuiront en constituant un obstacle à l'adoration de son Seigneur et par conséquent un empêchement à la réalisation de ce à quoi son existence terrestre était primordialement destinée, échec qui aura des conséquences incalculables et catastrophiques pour l'être dans sa destinée ultime en l'excluant de la grâce rédemptrice et salvatrice de la foi en l'Unicité de Dieu et la Connaissance de la doctrine de Son Unicité (Taouhîdi_Hi). 
 Nous avons vu, plus haut, les paroles étranges d'un rabbin : Rabbi Juda ha Nassi qui ose dire : La paix est vraiment une grande chose. Le peuple d'Israël peut adorer des idoles, mais si la paix règne parmi eux, Dieu dit : « Je ne leur ferait rien. » !!! A travers cette parole, comment les gens de la Synagogue peuvent-ils prétendre être les héritiers du Monothéisme ? Par là, ils créent un empêchement, un voile, à connaître véritablement, par la foi, leur divin Créateur et Seigneur. 

 Sabéisme et Magisme ou Dualisme.

 En arrivant, rappelons-le une fois encore, le Prophète Abraham (sur lui la Paix !) aura à confronter deux religions : 
 - le Sabéisme. Culte rendu notamment aux astres dont la lune. Culte qui ne reconnaît pas la mission des prophètes et des messagers divins. A l'instar des gens du La.ï.cisme, de notre temps. 
 - le Dualisme. Culte rendu à deux divinités opposées. 
 - La parole du Prophète Noé (sur lui la Paix !) n'aura pas suffi (Coran LXXI 26). Après lui, ses descendants retomberont dans la Mécréance et l'Associationnisme. Vint le Prophète Abraham (sur lui la Paix !), il ne pourra convaincre les gens de cette partie du monde, son peuple, d'abandonner Sabéisme et Dualisme. 
 P. Godé d'écrire : "On remarquera que le récit de l'histoire d'Abraham montre une curieuse symétrie thématique entre, d'une part, l'attitude spirituelle d'Abraham, élevant son aspiration vers son Seigneur au-delà de toute forme et de tous les Signes de Sa Manifestation et, d'autre part, l'attitude de son peuple et de son père, enfermés dans leur idolâtrie et prisonniers de leurs propres limites. Ce passage coranique-ci (Coran VI 74-9) évoquant le cas d'Abraham fait état de l'aspect en quelque sorte "lumineux" de cette histoire ; le passage en Coran XXI 51 à 70 évoquant l'attitude du peuple impie hostile à Abraham, fera état de l'aspect en quelque sorte "ténébreux" de cette histoire où l'idolâtrie est ridiculisée et où ces impies seront dit avoir été rejetés « et Nous en avons fait les plus malheureux des perdants (al_akhsarîna) » (Coran XXI 70). Bien entendu, les lignes structurelles et les thèmes axiaux de ce récit hiérohistorique ainsi que tout ce qui s'y trouve exprimé même sous une forme historique apparemment banale ont leur valeur permanente de "Signes" devant être médités et devront aussi être compris en rapport avec les différents domaines ou situations analogues où ces "Signes" sont signifiants de la vérité spirituelle. C'est ainsi par exemple que la notion d'"idole" devra être entendue suivant toutes les possibilités de compréhension analogiques, comme cela a déjà été précisé maintes fois."

 Mort d'un tyran.

 Le premier tyran sur terre, dit le chroniqueur, sera Nemrod. Il voulut faire mourir le prophète Abraham (sur lui la Paix !) sur un bûcher, et le fit sortir de sa citée. Il jura qu'il partira à sa recherche. Nemrod fera alors construire une nacelle soutenue par quatre aigles : "[Nemrod] prit quatre aiglons, les nourrit avec viande et vin jusqu'à ce qu'ils grandissent et devinrent gros et gras. Il les attela alors à une caisse en bois où il s'assit, et leva au dessus d'eux une mesure de viande sur quoi ils s'envolèrent avec lui. Une fois dans le ciel, Nemrod se pencha sur le bord de sa nacelle pour regarder la terre. Les montagnes, il les vit comme s'ils se mouvaient à petit pas, semblables à des fourmilles. Il leva de nouveau la viande et regarda. La terre était entourée de toutes les côtés des océans, comme si elle était un navire au milieu de l'eau. Une viande plus grande fut levée et il entra dans les ténèbres. Il ne voyait ni au dessus de lui, ni au dessous de lui. La peur le gagna et il fit tomber la viande à la poursuite de laquelle les aiglons se lancèrent. Lorsque les montagnes regardèrent vers eux, et ils étaient en train de piquer à toute allure, et qu'ils entendirent le bruit de leurs ailes, eh bien alors les montagnes furent parcourues d'un frisson et ils se mouvèrent presque de leur place, mais ils ne le firent pas. C'est à cette aventure que se réfère Son verset :
 "Et certes ils stratégiaient leur stratagème ; or auprès de Dieu, leur stratagème ! Et quand même leur stratagème eût été tel que les montagnes en eussent disparus...! (Coran XIV 46).
 Le vol des aiglons et de Nemrod commença à Jérusalem et s'acheva sur la Montagne Fumante (doukhân). 
 Alors, quand Nemrod vit qu'il n'avait pas réussi ce qu'il tenta de faire, il se mit à construire la Tour. Il construisit jusqu'à ce qu'en l'appuyant sur le ciel, il y montât et regardât ce qu'il pensait être le Dieu d'Abraham. Une chose comme celle-ci ne s'était jamais produite. " Puis Dieu est venu sur les bases mêmes de leur bâtisse. Le toit leur est tombé de dessus eux, et le châtiment leur est venu d'où ils n'étaient pas conscients" (Coran XVI 26.)
  - c'est-à-dire de l'endroit qu'ils croyaient sûr. Il les prit par le fondement de la Tour et les anéanti. La tour s'effondra et de peur, la langue des hommes fut confondue en ce jour. Ils parlèrent 73 langues différentes, là où avant ils n'avaient eu qu'une seule langue, le syriaque (suriâniyya). Pour cette raison Babel fut appelée Bâbil."(- At-Tabarî, Tâ'rîkh, vol. 1, p. 289). 
  Dans le récit qu'on vient de voir, la confusion des langues est un traumatisme produit par la terreur qu'exerça sur les hommes la chute de la tour de Nemrod, en guise de châtiment divin à l'orgueil humain.

  Conclusion.

   Le roi propose, le divin Créateur dispose ! Nemrod, le Père de la dictature, ne pourra rien contre le décret divin. Abraham devait apparaître. Comme Nemrod, il avait un rôle à jouer dans l'histoire de l'humanité. Le nom d'Abraham (sur lui la Paix !) restera à tout jamais. Nemrod, nullement. Preuve que la recherche de la grandeur n'amène à rien...  (à suivre).


Point de divinité, de dieu que Dieu !
« Vulnerant omnes, ultima necat. »*
Nous ne le dirons jamais assez.
Explicit totus liber.

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Cette page a été mise à jour le
28/03/11.

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