CROYANCES ÉVANGÉLIQUES
ÉTUDES BIBLIO-CORANIQUES

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P

oint de divinité[1] excepté Allah[2] le Très Haut. Que les meilleures salutations[3] soient sur les prophètes et messagers divins dont le Sceau de la Prophétie[4].

Le symbole de Nicée selon Thomas Hobbes.

                                                          A. Sur ces mots hypostasis, persona, subsistentia[5], et sur beaucoup d'autres, je vous interrogerai quand vous m'aurez expliqué l'ensemble du symbole. « Et il ressuscita le troisième jour conformément aux Ecritures, et il monta aux cieux, il siège à la droite de Dieu[6]. Et il reviendra glorieusement, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n'aura pas de fin[7] ».Tout ceci, je l'avoue, est dans les Ecritures, et avec le même sens que dans le symbole (dans lequel j'entends « il siège à la droite de Dieu » comme se rapportant, non point à une comparaison entre différents degrés d'honneur mais à l'honneur le plus grand possible). « Et dans l'Esprit-Saint, Seigneur, qui donne la vie, et qui procède du Père et du Fils ». Montrez-moi d'après les saintes Ecritures que l'Esprit-Saint est Seigneur et vivifiant, autrement dit qu'il est Dieu, et qu'il procède du Père et du Fils.
                                                          B. D'abord, le Fils de Dieu lui-même est dit (en Matthieu I, 20) avoir été engendré de l'Esprit de Dieu. Ensuite, Job dit en XXXIII, 4 : L'Esprit de Dieu m a fait ; et en XXVI, 13 : l'Esprit de Dieu a créé les cieux[8]. Qu'il procède tant du Fils que du Père apparaît manifestement de ce que le Christ dit : je vous enverrai le Paraclet, et de ce qu'en soufflant sur les Apôtres il leur a dit : recevez le Saint-Esprit. Remarquez que ce du Fils n'est pas dans le symbole de Nicée (quoiqu'il soit dans le symbole d'Athanase), et qu'il a été ajouté, pense Bellarmin, au second Concile général de Constantinople[9].

                                                          A. « Qui en même temps que le Père et le Fils est adoré et est glorifié avec eux ; qui a parlé par les prophètes[10] ». Pourquoi a-t-on mis cet est glorifié avec eux [conglorificatur] » ?
                                                          B. Je ne sais, mais ces mots est glorifié avec eux me conduisent à croire que cette formule qu'on dit ou qu'on chante à la gloire de la Trinité : Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, a dû être reçue dans les Eglises de Dieu à cette époque ou auparavant.

                                                          A. Il se peut. « Et en une seule Eglise, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour la rémission des péchés. J'attends la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir ». Pourquoi cette formule un seul baptême fait-elle défaut dans le symbole des Apôtres ?
                                                          B. Soixante-dix ans  environ  avant le Concile de Nicée, saint Cyprien avait tenu un concile provincial de l'Eglise de Carthage, où il avait été décrété que les hérétiques ne devaient pas être reçus par l'Eglise s'ils n'étaient pas baptisés à nouveau[11]. Je pense que ce décret fut alors condamné par l'insertion de ces mots : je reconnais un seul baptême.

                                                          A. Dans le symbole des apôtres on ne dit pas la résurrection des morts, mais la résurrection de la chair. Qu'est-ce donc que cette différence ? Les morts auront-ils, quand ils ressusciteront, de la chair,  des os, du sang, des mains, des pieds et les autres membres du corps humain ?
                                                          B. Je laisse saint Paul[12] vous répondre, par ces paroles de 1 Corinthiens XV, 23 : ils ressusciteront, chacun dans son propre corps[13] ; puis, au verset 44 : le corps est semé animal, c'est-à-dire, je pense, tel qu'est le corps humain à la mort ; le corps ressuscitera spirituel. Il est donc changé, comme le dit le verset 51 : je vous dis un mystère. Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés en un instant et en un clin d'œil au son de la dernière trompette. La trompette en effet sonnera et les morts ressusciteront incorruptibles ; et quand à nous, nous serons changés[14].

                                                          A. Mais deux difficultés m'apparaissent ici. Premièrement, ressusciter, c'est revivre. Comment l'homme revivra-t-il dans le sépulcre, si son âme ne vient pas vers son corps, descendant donc du ciel ou de quelques limbes célestes, ou remontant de l'enfer ou du purgatoire ?
                                                          B. Mais quoi ? Dieu qui a fait l'homme animal vivant à partir de la terre, ne pourra pas le ressusciter, le rappeler à la vie une fois dissous dans la terre ?

                                                          A. Il semble donc que l'homme, après la résurrection, aura deux âmes rationnelles : celle par laquelle il ressuscite, et l'autre, qui, séparée du corps à la mort, est passée au ciel, aux limbes, au purgatoire ou en enfer. Tous, en effet, disent que l'âme humaine, une fois née, ne peut jamais périr, ni même cesser d'être pendant l'instant le plus bref, car elle est chose qui subsiste en soi.
                                                          B. Pour ma part, je ne vous dirai rien là-dessus sinon ce que je trouve clairement et sans aucune ambiguïté exposé dans l'Ecriture, sans qu'aucun autre texte y contredise ouvertement. Avec presque tout le monde, cette thèse que l'âme humaine ne peut pas périr, vous la tenez des philosophes, maîtres dont, pour ma part, ayant les Saintes Ecritures, je n'éprouve aucunement le besoin[15]. Cependant, si vous me mentionnez un passage des saintes Ecritures où soit attribuée à l'âme humaine une autre immortalité que celle qui a été donnée aux hommes sous le nom de vie éternelle, je me rangerai, moi aussi, à l'avis des philosophes. Mais si vous mentionnez ces passages où Dieu menace les réprouvés de supplices éternels, vous ne pouvez pas en conclure que leurs âmes existent entre le jour de la mort et le jour du jugement, mais seulement après le jour du jugement. De plus, vous ne pouvez arguer de la justice de Dieu, qui a menacé les pécheurs de supplices éternels, pour prouver l'éternité de ces supplices. En effet, même si celui qui ne fournit pas les biens qui sont dus est injuste, celui qui ne fournit pas les maux ou les dommages dus n'est pas injuste, mais miséricordieux. A plus forte raison Dieu, qui est infiniment miséricordieux, ne pourra-t-il pas, sans violer sa justice, alléger la longueur et la sévérité des châtiments mérités ? Ensuite, l'Ecriture dit (Apocalypse XX) que l'enfer lui-même doit être jeté dans le lac de feu, ce qui est la seconde mort. Les réprouvés ressusciteront donc, semble-t-il, pour une seconde mort. Enfin, si l'âme n'est pas la même chose que la vie, mais une substance existant en soi et distincte du corps, tout en étant l'essence ou la nature de l'homme, il paraît s'ensuivre, si l'on ajoute la nature divine, qu'il y a trois natures dans le Christ[16], ce qui est contraire à la foi.

                                                          A. Même s'il ne peut être  démontré que l'âme humaine est une substance séparée du corps, il ne semble pas, cependant, qu'on puisse démontrer le contraire à l'aide de l'Ecriture.
                                                          B. Voyons ce que l'Ecriture dit de la nature de l'âme humaine dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, de façon consonante. Aussi essentiels, en effet, que soient les articles précédents aux yeux des théologiens, cet article touchant la résurrection est cependant essentiel aux yeux de tous les Chrétiens, parce que c'est en lui qu'est placé tout leur espoir, toute la joie qu'ils attendent après les afflictions de la vie présente. Dieu a dit à Adam au Paradis (où se trouvaient, en sus des autres arbres, deux arbres excellents, l'arbre de la vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal) : le jour où tu mangeras du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, mourant, tu mourras. Mais le diable dit à Eve : on Vous interdit de manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal pour que vous ne deveniez pas tels que des dieux. Adam et Eve, mus par l'ambition, crurent tous deux le serpent, et non Dieu, et mangèrent du fruit défendu. C'est pourquoi Dieu les chassa l'un et l'autre du paradis, pour qu'ils n'étendent pas la main vers l'arbre de vie et ne vivent pas éternellement.

                                                          A. Je comprends par là qu'Adam aurait pu vivre éternellement grâce au fruit de l'arbre de vie, et qu'il avait été crée immortel non par sa nature, mais seulement par la vertu de l'arbre de vie ; et d'autre part, que le châtiment infligé à Adam pour avoir violé le précepte divin avait été la mortalité, qui découlait nécessairement de ce qu'il avait perdu ce sans quoi il ne pouvait vivre éternellement. Toutes ces choses, je vois qu'elles se trouvent manifestement dans le texte sacré. Mais je ne vois pas pourquoi Adam n'est pas mort, conformément aux paroles de la menace divine, aussitôt après avoir mangé, et au contraire vécut plus de neuf cents ans.
                                                          B. Dieu n'a pas dit seulement tu mourras [morieris], mais mourant, tu mourras [moriendo morieris][17], c'est-à-dire : quand tu mourras, tu mourras, c'est-à-dire tu ne revivras pas, mais tu seras mort à jamais. C'est ainsi qu'Athanase explique ce passage[18], et à bon droit ; c’est, en effet, un hébraïsme. On comprend par là que cette menace s'appliquait aussi à la postérité d'Adam, c'est-à-dire au genre humain. Et c'est à partir de ce passage que l'apôtre Paul dit : par le péché d'un seul homme la mort est entrée dans le monde[19] ; d'où il suit que non seulement les autres hommes, mais même Adam, eurent besoin de se servir du bénéfice de la mort de Jésus-Christ en vue de la vie éternelle qu'Adam avait perdue par sa faute[20].

                                                          A. Comment cela ?
                                                          B. Parce que saint Paul dit en 1 Corinthiens XV, 22, qui exprime la consonance de l'ancien et du nouveau Testament[21] : de même qu'en Adam tous moururent, de même dans le Christ nous sommes tous vivifiés, chacun dans son propre corps, le Christ étant les prémisses, ensuite ceux qui sont du Christ, à la venue du Christ, ensuite viendra la fin... etc.[22].

                                                          A. La venue du Christ, c'est la même chose que le jour du jugement. Car personne ne revivra avant le jour du jugement, mais précisément en ce jour-là. Je crois donc, certes, qu'Adam doit être sauvé[23], mais néanmoins il ne recouvrera pas la vie avant le dernier jour. Entre temps, comment dire qu'il vit ? Si Adam vit au ciel par son âme avant d'être animé, son âme vit (si du moins elle est substance vivante) dans un corps non animé, ce qui choque fort l'oreille[24]. Quand aux âmes des hommes qui, au jour du jugement, seront trouvés vivants sur la terre, âmes destinées à être élevées vers les nuées et de là vers le ciel[25], elles auront des corps spirituels, animés (si du moins les âmes sont des substances existant en soi) par des âmes spirituelles. Qu'en sera-t-il donc de cette différence entre ces deux êtres spirituels : le corps et l'âme ?
                                                          B. A mes yeux, en tout cas, cette différence est inexplicable si l'on ne concède pas que la vie éternelle ne commence, pour les hommes, qu'à la résurrection, et que vie et âme sont la même chose : en effet, dans les saintes Ecritures, elles ne sont jamais nettement distinguées. Ces paroles que le Christ en croix adresse au larron[26] : aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis[27], et ces mots qu'il dit aux disciples : c'est moi qui suis l'arbre de vie [28], à quoi tendent-elles, sinon à ce que les fidèles sachent que le glaive flamboyant a été retiré de la porte du Paradis, et que par le sacrifice du Christ la route de l'arbre de vie, c'est-à-dire de la vie éternelle est ouverte. Quel besoin l'homme pieux aurait-il donc d'attribuer son immortalité à la création, c'est-à-dire à la nature, plutôt qu'à la rédemption ?

                                                          A. Mais je suis ébranlé par l'accord de tout ceux qui, quoi qu'ignorant des dogmes sacrés, ont cru ou croient que l'âme rationnelle est immortelle par sa nature et dès sa création.
                                                          B. En vérité, je ne blâme pas ceux qui ont cette opinion. En effet, celui qui a une haute opinion de son âme prend soin en général de ne pas la déshonorer par une vilaine conduite. Mais je ne concède pas que ce soin soit moindre chez celui qui croît fermement que son âme a été rachetée, et rendu éternelle, par le sang du Christ. Et vous ne devez pas davantage concéder que cette opinion est et a été celle de tous les hommes, absolument. En effet, ceux qui ont dit dans leur cœur : Mangeons et buvons, demain nous mourrons[29], ne partageaient pas cette opinion : or leur nombre n'est pas petit. En outre, les opinions de tous ceux qui, sans ratiocination personnelle, suivent ce qu'ont dit leurs maîtres, ne leur appartiennent pas en propre. Donc, on ne doit pas dire que cette opinion est celle des paysans, des ouvriers, et de tous les autres hommes qui occupés à la vie quotidienne, ne pensent presque jamais à la nature de leur âme, mais seulement à s’enrichir, à acquérir des honneurs, et à satisfaire les besoins de leur corps. Aussi l'accord de tous les hommes se réduit-il à l'accord des seuls philosophes. D'autre part, il y a eu, parmi les philosophes, les Sadducéens[30], qui ne croyaient à l'existence d'aucune espèce d'esprits créés, et qui, en conséquence, n'admettaient pas d'autre existence de l'âme que celle qu'on nomme vie. Et les sectateurs eux-mêmes d'Aristote et de Platon ne crurent pas cela après avoir scruté les raisons, mais sur l'autorité de leurs maîtres : on ne doit donc pas les compter au nombre des auteurs de l'opinion qu'ils professent. Finalement, ceux que vous appelez tous les hommes se réduisent à Platon, Aristote, et un petit nombre d'autres chefs d'écoles philosophiques[31]. Enfin, considérons les paroles de l'Ecclésiaste qui se trouvent au Chapitre III, vers la fin. Dans la Bible polyglotte[32], la version juxtalinéaire donne : Dixi ego in corde meo super verba filiorum Adam, (Adpurgandos eos Deus, & ad videndum quid ipsi animal ipsi sibi) Quod eventus filiorum Adam, & eventus Animalis, imus est. Sicut mon illud, ita mor iillum. Et Spirifus unus in omnibus. Et praestantia hominis prae animali nulla. Quia omnia Vanitas, omne vadens ad locum unum. Quis sciens Spiritus filiorum hominum ascendens ipse sursum, & Spiritus bestiae descendons ipse subtus terram ? Là où il y a ad purgandos eos, les Septante ont διαχρνει[33], pour super verba, ils ont πεί λαλάς[34]. Le sens de ces paroles est donc  :  J'ai dit,  moi,  voyant  les hommes dire que Dieu fera une différence essentielle entre la vie de l'homme et celle de la bête, alors que le souffle de l'homme est le même que celui de la bête, et que l'homme ne l'emporte pas sur la bête par son essence : comment prouvera-t-on que l'âme de l'homme doit monter et l'âme de la bête descendre[35] ? Mais c'est le même Ecclésiaste qui. dans le même livre, affirme souvent le Jugement du dernier jour[36]. C'est là un grand argument contre l'accord que vous prétendez exister entre tous les hommes. D'ailleurs, apportez-moi (car je ne veux pas vous paraître obstiné) une démonstration d'Aristote, de Platon, ou de n'importe quel autre philosophe, par laquelle il conclut aussi nettement à partir de principes naturels, à l'immortalité naturelle de l'âme, que j'ai démontré nettement, à partir des saintes Ecritures, que la vie éternelle sera acquise aux élus par le Christ, et j'y acquiescerai. L'âme, disent-ils, pense, se souvient, raisonne. Et si je niais cela, affirmant que c'est l'animal lui-même qui pense et se souvient comment me réfuteraient-ils ? Et qu'est-ce que raisonner, sinon imposer des dénominations aux choses, joindre les dénominations en propositions, et les propositions en syllogismes ? C'est ainsi que se fait la dialectique. En quoi Adam était-il, au Paradis, avant d'avoir imposé les dénominations, plus rationnel que les autres animaux, sinon seulement en puissance ? Les hommes ne me semblent donc pas se distinguer substantiellement des bêtes par cela qu'ils disputent, alors que celles-ci ne le font pas. Les autres attendent l'immortalité telle qu'ils la veulent ; pour moi, j'attends l'immortalité que le Christ, ayant vaincu la mort, nous a acquise par son sang.

                                                          A. Que pensez-vous de l'appellation de Mère de Dieu (Deipara) que la plupart attribuent à la sainte Vierge[37] ?
                                                          B. Il me semble que la femme peut à juste titre être dite enfanter [parère] ce qu'elle met au monde par l'enfantement. Celle-ci a mis au monde le Christ, Dieu et homme, car c'est dans le sein maternel qu'il a assumé la nature humaine. Elle a donc enfanté le Dieu et l'homme. Mais elle a engendré l'homme seulement, sans semence masculine, l'efficace de celle-ci ayant été suppléée par Dieu.

                                                          A. Mais ici s'élève une nouvelle difficulté : comment le fils de Marie (en d'autres termes, la chair du Christ) n'est-il pas fait de substance divine ?
                                                          B. Même en un homme engendré d'un autre homme, la chair n'est pas de la substance de celui qui a engendré, à moins que vous n'estimiez que ce qui naît est fait de la semence comme d'une matière. Le sang de la femme est la seule matière du fœtus, qui, étant jour après jour nourri, croît jusqu'à ce que soit mûr le temps de la parturition. La semence dans l'utérus est la cause efficiente de la fécondité, non la matière du fœtus. Si donc vous croyez qu'une femme peut être rendue enceinte par l'action d'une semence humaine, pourquoi doutez-vous que la même chose puisse s'accomplir par l'action du Dieu tout-puissant.

                                                          A. Mais, étant donné que la substance de Dieu existe également en toute chair, la raison que vous invoquez ne va-t-elle pas prouver que tous les autres hommes possèdent eux aussi les deux natures, l'humaine et la divine, comme le Christ ?
                                                          B. Pas du tout. En effet, quoique Dieu soit tout- puissant en tout lieu, faisant en tout lieu tout ce qu'il veut à l'égard de toute créature, il ne fait pas en tout lieu, néanmoins, tout ce qu'il peut. Dans l'opération qui, à partir d'un homme, engendre un homme, il a voulu de toute éternité que fût produit seulement un homme, qui ne pourrait pas faire tout ce qu'il voudrait ; mais seulement dans la génération surnaturelle d'un homme opérée par l'Esprit-Saint, il a voulu de toute éternité produire un homme qui pût faire tout ce qu'il voudrait, c'est-à-dire un homme-Dieu[38]. Et ce n'est pas ici le lieu de demander comment, parce que non seulement les Chrétiens, mais aussi les Gentils, croient que celui qui est Dieu est du même coup tout-puissant. Et ils ne demandent pas comment il engendre celui qu'ils disent être engendré.

                                                          A. Jusqu'ici, vous m'avez expliqué la doctrine du symbole de Nicée de telle sorte que vous ne me paraissez nullement avoir ébranlé la foi chrétienne, et bien plutôt l'avoir confirmée, mais à votre façon.
                                                          Montrez-moi maintenant ce que les Grecs appellent hypostase.
                                                          B. Quand vous regardez quelque chose que vous nommez blanc, vous imposez cette dénomination à la substance, au corps sous-jacent [subjecto corpori], par exemple au marbre, encore que la puissance de votre regard ne puisse pénétrer dans la substance du marbre ou de n'importe quel autre être. Blanc est donc la dénomination d'un corps subsistant par soi, non de la couleur ; cette dénomination est imposée à cause d'une certaine apparence déterminée, ou, pour parler comme les Grecs, d'une έμφασις ou d'un φάντασμα[39], qui semble, assurément, être quelque chose, mais en réalité n'est rien. Nous comprenons bien que cette apparition ne peut être sans quelque cause ou fondement, en d'autres termes que le blanc ne peut être, si sous l'apparition même ne subsiste réellement quelque substance qui en soit la cause, et, pour parler comme les logiciens, le sujet. Ce sujet, les Grecs l'appellent τό ύν ύφιστάμευον, ou ύποστάν, ou encore ύπόστασις[40] ; les Latins, ens, subjectum, suppositum, substantia, basis, fondamentum[41]. Et ce que j'ai dit de la connaissance par la vue, on doit l'entendre aussi des autres sens. L'hypostase s'oppose donc au phantasme comme la cause à l'effet, c'est-à-dire relativement. De même, si on a un groupe de trois relatifs, par exemple le père, le fils et le petit-fils, dans lequel le fils, quoi qu'étant un seul être réel, possède, par la diversité des relations, deux dénominations — celle de père, parce qu'il a engendré, celle de fils, parce qu'il a été engendré — le fils, en tant que terme médian, quoiqu'il ne soit qu'un seul être, a deux noms qui lui sont dits imposés, il est l'être suppôt de deux dénominations, le ύφιστάμενον, l'hypostase, le fondement de là relation. Ainsi l'hypostase peut-elle être rapportée non seulement aux phantasmes, mais aussi aux dénominations.

                                                          A. Quelle différence y a-t-il donc entre ύφιστάμενον ύποστάν, et ύπόστασις ?
                                                          B. Entre les deux premiers, il n'y a aucune différence, sinon que le second signifie dressé dessous, et le premier dressé dessous maintenant. A la place de l'un comme de l'autre, les Grecs se servent généralement du mot hypostase, les Latins des mots substance ou essence, mots entre lesquels les Pères latins ne distinguent pas, comme on le voit en Pierre Lombard[42].

                                                          A. En quel sens est pris hypostase dans le Nouveau Testament ?
                                                          B. De la même façon que chez les autres auteurs. Ainsi, en Hébreux I, 3, le Christ est appelé la figure de l’hypostase de Dieu[43]. En effet, l'hypostase est ici opposée à la figure, c'est-à-dire la substance à l'image de cette même substance. Il est aussi appelé, dans le même passage, splendeur de la gloire divine, c'est-à-dire (car c'est la même chose), lumière émanée d'un corps lumineux : en effet, le corps lumineux est la substance, le sujet de lumière. Ensuite, en Hébreux XI, 1, la foi est appelée l'hypostase des choses que nous espérons, c'est-à-dire (car la tournure est métaphorique) que la foi est le fondement de l'espoir. Troisièmement, en 2 Corinthiens IX, 4, où l'apôtre Paul, qui avait parlé avec fierté aux Macédoniens de la bonne volonté que lui avaient promise les Corinthiens, appelle cette promesse l'hypostase de sa fierté, c'est-à-dire son fondement. (à suivre)


[1] Le Créateur des cieux et de la terre est donc la seule et véritable divinité qu’on adore et qu’on se doit d’adorer véritablement.
[2] En langue arabe, Allah. En hébreu, ïl. Nom divin, il est employé couramment pour les gens de l’Evangile de langue arabe. En français, le terme Dieu est compris généralement, non comme un Nom divin, mais plutôt comme signifiant l’Etre-Suprême, le Créateur et Maître de l’Univers.
[3] Formules d’eulogies comme : que Dieu prie sur lui, l’agrée, lui fasse miséricorde, etc., formules propres à  l’Islam traditionnel. Les exégètes interprètent la « prière » divine comme étant un octroi de Sa miséricorde et la « prière » angélique comme une demande de pardon pour les créatures.
[4] Soit : Ahmad-Mohammad, fils d’Abd Allah, (...) fils d’Ismaël, fils d’Abraham  (sur eux la Paix !). Pour l’Islam traditionnel, il est le Sceau de la Prophétie, le Sceau des prophètes et messagers divins.
[5] En fait, dans la suite du chapitre, on trouve un commentaire du mot substantia, et non du mot subsistentia. Mais on ne doit nullement en conclure que dans le présent passage celui-ci soit l’équivalent de celui-là. Certes, il arrive que le latin chrétien traite ces deux formes comme des doublets, mais très souvent aussi, traitant de la Trinité, les auteurs emploient subsistentia (et non substantia, qui est alors, dans plusieurs cas, explicitement distingué du précèdent) comme la transcription latine du grec ύπόστασίς. Tel est certainement le cas ici. (Cf. A. Biaise, Dictionnaire latin-français des auteurs chrétiens, Strasbourg 1954 sv subsistentia).
[6] NdT : Comment peut-il être Dieu et s’asseoir à la droite de Lui-même ? Mystère insondable, dira le monde évangélique !? Selon l’Islam traditionnel, le fils de Marie fut élevé, corps et âme, sain et sauf, dans le Paradis divin. Il y restera jusqu’à son « retour » sur terre, à la fin des temps. Rien de plus, rien de moins.
[7] NdT : Au jour des Comptes, il n’y aura qu’un seul Juge : Dieu (exalté soit-Il !). Et toutes Ses créatures : messagers, prophètes, anges, génies, démons, créatures humaines, auront à paraître devant Lui. Et le fils de Marie ne fera pas exception. Comme on peut le constater les croyances bibliques n’ont rien de communes avec l’Islam traditionnel.
[8] NdT : si nous disons, comme le monde biblique, Dieu est esprit, alors cela signifie qu’Il a eu un commencement. Ce qui est impossible pour Lui. De plus, si nous disons, comme le monde biblique, que tout a été créé "par" le fils ou "par" le saint esprit, alors c’est admettre que le Créateur à besoin d’un co-équipier, un assistant, pour faire ou créer, il ne peut rien faire de Lui-même et par Lui-même. Ce qui est encore impossible pour Lui. L’Islam traditionnel rejette donc en bloc de pareilles croyances.
[9] II semble que Hobbes se soit trompé. Bellarmin attribue cette innovation au VIIIe concile provincial de Tolède (De Christo, 1. II, c. 21). En ce qui concerne l'admission de cette formule dans les professions de foi des conciles œcuméniques, Bellarmin fait jouer un rôle décisif au VIIe concile général, c'est-à-dire au IIe concile de Nicée (De Christo, I. II, ch. 23), nullement au IIe concile de Constantinople (5e concile œcuménique), qu'il ne cite qu'en passant.
[10] NdT : ce qui est faux. L’intermédiaire entre le divin Créateur et les créatures a toujours été l’archange Gabriel. L’ange de la Révélation et des châtiments divins. Le monde biblique (toranique + évangélique) préfère l’ange Michel à ce dernier.
[11] Les conciles de Carthage ont en effet eu lieu en 255 et 256, et celui de Nicée en 325. La formule employée par Hobbes peut prêter à malentendu : le problème n'était pas de savoir si l'hérétique converti devait être baptisé à nouveau, mais si le baptême conféré par les hérétiques était valide, ce que niait Cyprien.
[12] NdT : homme de référence seulement pour le monde évangélique.
[13] On lit dans tous les manuscrits έυ τώίδίω τάγματι, « en son propre rang » (Vulgate : in suo ordine). Hobbes paraît citer de mémoire.
[14] Ici, Hobbes s'éloigne de la Vulgate, non seulement dans le choix des mots, mais aussi dans le sens. La Vulgate dit en effet : « Voici que je vous dis un mystère ; nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés ». La leçon que suit Hobbes est celle des manuscrits grecs et des traductions indépendantes de la Vulgate.
[15] Lat. : quos ego post Scripturas Sacras Magistros mihi non desidero. Littéralement : dont ]e n’ai pas besoin pour moi comme maîtres après les Saintes Ecritures. Notre traduction est un peu conjecturale.
[16] NdT : la nature du Messie est humaine et prophétique. En aucun cas, et contrairement aux gens de l’Évangile, divine. Quant au problème de l’âme et de sa pérennité, c’est un sujet de verse et de controverse entre les différentes sectes du monde évangélique. Le monde évangélique est partagé, dans ce domaine, entre la Philosophie égypto-gréco-romaine et les croyances du Paganisme. Pour une meilleure compréhension entre l’âme, l’esprit, le corps et le cœur, voir les ouvrages de l’Imam Ghazali, le Persan (que Dieu lui fasse miséricorde !), de même pour une réfutation de la divinité du Messie (sur lui la Paix !). De préférence à d’autres penseurs ou philosophes du monde islamique comme ibn Rushd, Farabi, pour ne parler qu’eux.
[17] Au chapitre XXXVIII du Léuiathan latin, Hobbes avait traduit (comme la Vulgate) morte morieris. Dans le présent appendice, comme dans la réponse à l'évêque Bramhall, il dit moriendo moneris. Cette leçon est celle de la traduction de Santes Pagnino, revue par Arias Montano, qui suit littéralement l'hébreu. Hobbes cite un peu plus loin un passage étendu de la traduction de Pagnino.
[18] « Non seulement mourir, mais demeurer dans la corruption de la mort » (Oratio de Incarnatione Verbi, Patr. gr. t. 25, col. 101).
[19] Citation approximative de Romains V, 12 : « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort », contaminée par le souvenir de V, 17 : « par la faute d un seul la mort a régné ».
[20] NdT : croyance rejetée par l’Islam traditionnel.
[21] NdT : toujours cette idée, propre au Sabéisme, d’un intermédiaire. La mort et la vie ont été créés par le divin Créateur. Il donne la vie et Il donne la mort. Un ange, l’ange de la Mort est chargé spécialement d’exécuter ce décret divin. De venir cueillir l’âme du défunt. En aucun cas, Adam ou le Messie entreront dans un domaine qui ne concerne que leur divin Créateur. Et au Jour des Comptes, seul le divin Créateur ressuscitera réellement, et sans intermédiaire, Ses créatures humaines, angéliques, etc. Ainsi, Il ressuscitera Adam et le Messie fils de Marie (sur eux la Paix !).
[22] Même indépendamment du passage discuté dans la note 35, la citation est approximative. La source pourrait néanmoins en être la Vulgate.
[23] NdT : Le monde biblique (toranique + évangélique) ne reconnaît pas Adam comme vicaire divin et premier prophète divin sur terre. De plus, et selon le monde toranique, les descendants d’Adam sont seulement les gens du monde toranique, les autres sont exclus. Le Druzisme ne reconnaît pas être descendant d’Adam. Le monde de l’Athéisme, de la Mécréance, scientifique, intellectuel, philosophique du monde biblique penche, lui aussi, pour cette croyance. L’homme d’où sort-il, reste un mystère pour eux ! ?
[24] Lat. : quod valde durum est dicere. Litt. : « ce qui est fort dur à dire ». C'est donc avec l’assentiment de Hobbes que le lecteur trouvera cette phrase énigmatique. Un premier éclaircissement, facile et très vraisemblable, consisterait là où nous lisons « avant d'être animé » (antequàm est animatus), a comprendre « avant d'être animé de nouveau », c'est-à-dire ressuscité. Reste la proposition principale : et anima ejus vivit in non animato corpore. Peut- être faut-il intervertir le in et le non, ce qui donne un texte rugueux, mais intelligible : « son âme vit non dans un corps animé » ; ou encore supprimer le in : son âme vit, alors que son corps n'est pas animé. Aucune de ces hypothèses n'est très satisfaisante.
[25] NdT : Nullement. A cette époque, les gens qui connaîtront la fin du monde seront des gens mauvais, damnés. En effet, c’est au moment où le Nom divin ne sera plus prononcé sur terre que la fin du monde apparaîtra, le Jugement dernier.
[26] NdT : Pour l’Islam traditionnel : le faux Messie. C’est-à-dire celui sur qui sera jeté la ressemblance du fils de Marie. Certains parlent de Juda, d’autres avancent d’autres personnages (Coran IV 156-7).
[27] Luc XXIII, 43.
[28] Cette formule fait défaut dans les concordances de François Luc et Phalesius (pour la Vulgate) et de Cruden (pour la version autorisée). Elle paraît s'être formée dans l'esprit de Hobbes par la fusion inconsciente de quelques textes johanniques : « je suis le pain de vie » (XXXV, 48), « je suis la résurrection et la vie » (XI, 25), «au vainqueur je donnerai à manger de l'arbre de vie » (Apoc. II, 7).
[29] 1 Corinthiens XV, 32.
[30] NdT : secte du Judaïsme.
[31] Lat. : Philosophiae Principes.
[32] Hobbes cite ici, avec quelques variantes légères, la version juxtalinéaire mentionnée a la note 33. La polyglotte a laquelle il emprunte ce passage pourrait être celle d'Anvers, mais est plus probablement celle de Londres, publiée par Walton entre 1654 et 1657. La Bible de Wallon présente en effet deux caractéristiques qui font défaut dans celle d'Anvers, et qui sont plus conformes aux indications données par Hobbes : l° elle porte le mot de polyglotte dans son titre ; 2° le texte grec des Septante, que Hobbes cite quelques lignes plus loin, s'y trouve dans le même volume, et pour chaque passage, à la même page, que la traduction juxtalinéaire de l’hébreu. Enfin c’est une édition anglaise, qui compte au nombre de ses bienfaiteurs Selden, l’ami de Hobbes. Les quelques lignes qui viennent d'être citées pourraient être rendues en français  en respectant autant que possible le caractère délibérément asyntaxique du style : J’ai dit dans mon cœur sur les paroles des fils d'Adam (pour les épurer. Dieu, et pour voir qu'eux l’ animal pour soi-même) que l’issue des fils d'Adam, et l'issue de l'animal, est une seule De même mourir celui-ci de même mourir celui-là. Et l'esprit, un seul en tous. Et l'avantage de l'homme sur l’animai, nul. Parce que toutes choses, vanité, tout allant vers un seul lieu. Qui sachant l'esprit des fils des hommes montant lui en haut, et l’esprit de la bête descendant, lui, sous terre ?
[33] 3° personne de l’indicatif présent de διααρίνε , « distinguer ».
[34] περί λαλιάς , « sur les paroles », au sujet des paroles ». La forme λαλέιας, donnée par Hobbes, se trouve dans la Bible de Walton, mais elle n’est pas grecque.
[35] NdT : l’homme aura à répondre de ses actes au Jour des Comptes. L’animal nullement. Pour lui aucune peine n’est à attendre. Tel n’est pas le cas de l’homme. D’où absence d’une résurrection, sauf si le divin Créateur en décide autrement pour des cas particuliers. Quelques animaux iront au Paradis. Ex. : le mouton de Abel, etc.
[36] Allusion à Ecclésiaste III, 17;  XI,9-XII17.
[37] NdT : croyance que le Messie réfutera, lui et sa mère, au Jour des Comptes : Coran V 116 et sv. Pour le monde de l’Islam traditionnel, Marie est la « mère » simplement du Messie. Elle est une Matriarche : Mère des croyants. Une des Dames du Paradis. L’Épouse du Prophète de l’Islam en Paradis. Le monde de l’Islam traditionnel la respecte, ne la vénère pas et ne l’adore pas.
[38] NdT : Y aurait-il une préférence ici du masculin sur le féminin ? N’est-ce pas abaisser ici le divin Créateur ? Mettre, au contraire, Sa toute-puissance en doute ? Et pourquoi aurait-Il choisi un « fils » d’entre les Fils d’Israël ? Combien le Saint et Seigneur d’Israël et des mondes, Dieu le Père (le Seigneur), est au-dessus de ce qu’ils décrivent et Lui associent !
[39] Cf. note 28.
[40] Littéralement : « l'étant qui se dresse dessous, dressé dessous, sub-stance » : ύφιστάμεον est le participe présent passif, ou plus vraisemblablement moyen, et ύποστάν le participe aoriste actif à sens moyen du verbe ύφεστάναι, littéralement « dresser dessous ». Dans sa réplique suivante, B commente brièvement mais avec exactitude la différence de temps des deux participes : alors que le premier est un présent, le second place l'action dan» un temps indéterminé.
[41] Hobbes tient manifestement à évoquer au-delà du sens philosophique, le sens concret originel : « étant, sous-jacent, placé sous, sub-stance, base (au sens matériel), fondations ». Seul le premier terme est en italique dans le latin.
[42] Cf. quelque» pages plus loin, la citation du Livre des Sentences et la note correspondante (note 69).
[43] Le texte porte Character Hypostaseos Dei. Les deux premiers mots sont le grec de l’auteur de l’épître, transcrit en caractères latins.

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14/08/06 .

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